Lorsque Marine et Mathilde planchaient sur les parcours des Jetlags Paris pour vous surprendre le 28 mai, elles ont rencontré Ana en poussant la porte de sa boutique colorée : TIENDA ESQUIPULAS. L’enseigne de sa boutique (un gros coeur rouge) reflète parfaitement la personnalité d’Ana. Si vous aussi cette pluie vous colle le moral dans les chaussettes (nous sommes le 30 mai, ndlr), et que vous êtes adepte de catch ou de combats de coqs, allez faire un tour dans cette « tienda ».
On vous donne un petit avant-goût.

Peux-tu te présenter ? Et présenter ta boutique/concept ?

Je m’appelle Ana. Je suis d’origine et nationalité guatémaltèque et vis en France depuis plus de 15 ans. La boutique c’est avant tout une petite « tienda », autrement dit un lieu où l’on trouve un peu de tout et en plus on fait des rencontres et échanges avec d’autres gens. J’ai voulu reproduire une « tienda » locale avec les couleurs, les produits, les odeurs, l’ambiance locales. Créer un lieu de découverte de la culture populaire de mon pays et de son grand voisin, le Mexique. Au début j’étais installée rue Saint-Maur dans le 11ème et j’ai déménagé à Montmartre en 2007 puis ouvert mon site internet qui inclut désormais la vente en ligne.

 

Ton signe distinctif ? Ce qui te rend originale ?

Les produits que je sélectionne, parfois chinés dans les marché au puces du Mexique ou parfois découverts dans les marchés paumés du Guatemala. La déco de la boutique et l’ambiance avec la fumée du copal font un ensemble qui ne se retrouve que chez nous. Chaque année je pars une à deux fois au Guatemala et au Mexique faire les achats de mes stocks, et chaque voyage comprend son lot de nouveautés dénichées au hasard de mes découvertes sur place.

La spécificité de ce qu’on trouve chez moi. De plus en plus je m’inspire des objets fabriqués par les artisans locaux pour leur donner des indications de formes, de mariage de couleurs qui font que beaucoup de ce que vous achetez à la Tienda Esquipulas est unique et ne se trouve nulle part ailleurs.

 

Ce que tu voulais faire petite ?

Un peu de tout ! Mais au Guatemala les petites filles jouent souvent à la vendeuse de Tienda. Avec mes sœurs on s’inventait souvent notre petite tienda derrière les fenêtres de la maison de nos parents pour y vendre des fruits qui poussaient dans le jardin !

 

Dans quel environnement as-tu grandi ?

Les couleurs et la rudesse de la vie. Je suis née et ai grandi à Antigua Guatemala, petite ville de 10.000 habitants, patrimoine de l’humanité pour sa richesse culturelle témoin de la conquista espagnole. Là-bas tout est couleurs. Les rues, les façades de maisons, les fêtes … et même le ciel !

Mais le Guatemala c’est aussi un pays dur, qui a souffert de 36 ans de guerre civile et de nombreux tremblements de terre. On apprend combien la vie est précieuse et combien il faut se battre pour avancer. J’ai grandi dans une ambiance où les indiens cohabitent avec les « ladinos », les métis, en regardant les différences culturelles entre ce peuple qui est le mien aussi. C’est une grande leçon.

 

Ce qui t’a poussé à te lancer ?

L’amour de mon pays et de ma culture. Quand je suis arrivée en France j’ai été frappée par le caractère triste des rues de villes ou villages en contraste avec ce que je connaissais. Alors j’ai voulu faire connaître mon environnement natal en permettant de découvrir tous les objets de notre quotidien. Mes premiers stocks j’allais les acheter sur les marchés locaux !

 

Ce qui t’inspire ?

Les efforts que font les artisans de mon pays pour aller de l’avant. Mes parents m’ont appris l’effort, ça a été toute leur vie. Les artisans avec qui je travaille vivent dans des conditions souvent très précaires, et, pourtant, ils portent un regard extraordinairement positif sur la vie. Tous les ans ils m’attendent avec émotion. Etre avec eux est une source d’inspiration constante.

 

Ce que tu fais pour changer (un peu ?) le monde ?

Je travaille en direct avec les artisans qui fabriquent les produits que je vends. Ca n’a l’air de rien mais c’est tout sauf simple. Il y a énormément de revendeurs et c’est parfois très difficile de trouver celles ou ceux qui fabriquent réellement les produits venus du Mexique ou du Guatemala.

Pour moi c’est très important. D’abord parce que ça leur garantit le meilleur prix de vente mais aussi parce que ça nous permet de nouer une relation durable fondée sur l’échange et la transparence. Ils connaissent mes contraintes tarifaires européennes (très différentes de celles du marché local ou des Etats-Unis par exemple), et nous travaillons ensemble sur la finition des produits pour parvenir à un niveau de qualité adapté au marché européen. C’est très utile pour eux.

De plus en plus je travaille avec les coopératives de femmes qui se développent ces dernières années dans nos pays et utilisent leurs savoir-faire ancestraux de tissage comme de décoration pour fabriquer les nouveaux produits que je leur conseille. C’est très très enrichissant.

 

La ville qui te ressemble le plus ?

La ville d’Esquipulas qui a donné son nom à ma boutique. C’est à la fois un symbole de paix où ont été signés en 1987 les accords de paix des guerres civiles centraméricaines, un lieu de pèlerinage avec sa basilique qui héberge la statue du Christ Noir et enfin le temple du kitch ultra coloré avec toutes ses boutiques qui entourent les parvis de la basilique.

 

Tienda Esquipulas
20, rue Houdon – 75018
www.esquipulas.fr

 

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