Feuilleton de l’été : les vacances de l’équipe

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Les vacances de l’équipe 2 :

Experiencing self

La cofondatrice de Pop In the City Clémentine aime les voyages en solo. Elle a cette fois-ci choisi une belle randonnée en montagne de 5 jours dans un paysage sublime de pâturages, monts escarpés, glaciers et cimes enneigées.

 

Tout avait plutôt mal démarré.

1/ j’avais oublié le mariage de mon meilleur ami le 2e weekend de mes vacances

2/ j’avais donc du racheter un 2e set de billets, le 1er étant non échangeable, non remboursable, j’avais déjà 130€ dans l’os

3/ au moment de récupérer mes billets, ma carte bleue qui a servi au paiement était périmée, je ne pouvais donc retirer ni les premiers, ni les 2e billets. “In the os”, pour être polie.

 

La conjoncture a en plus fait que :

4/ j’étais chez moi à côté de Nice le 14 juillet au soir

5/ j’étais en échec amoureux (encore !)

 

La conjoncture, alliée à la sensation de désespoir due à l’attaque à Nice, m’a convaincue que le choix de la randonnée en solo en Suisse avait été le bon.

Je suis donc partie avec mon sac à dos dans lequel il y avait : ma tente ultra light, duvet et matelas, un pantalon et 2 tshirts, 2 culottes, des bâtons et un bon tube de crème solaire. Et aussi les leçons de méditation de Christophe André recopiées à la main sur une feuille (oui car le livre doit peser 3 kilos) et un oreiller pastèque (mon meilleur ami, mon doudou). Tout le reste je l’avais sur moi.

 

Au programme, le tour du Grand Combin en 5 jours, entre la Suisse et l’Italie.

 

Une pointe d’inquiétude : il a neigé la semaine avant mon arrivée donc il fait assez froid. J’entame la marche à 7h30 le premier jour, ça grimpe ça grimpe, mais il doit faire 12 degrés donc bien emmitouflée dans ma polaire je ne suis pas disposée à faire tomber les couches…

Avant toute assomption de la part des lecteurs je préfère prévenir : je suis une randonneuse du dimanche, et aussi une froussarde : je pars d’habitude avec des copains bien plus expérimentés que moi, ou alors sur des choses très accessibles avec d’autres randonneurs/ses du dimanche…

 

Je dois donc décrire le premier élément perturbateur de mon aventure : les clôtures électrifiées positionnées à hauteur d’animal et donc trop basses pour passer dessous et qu’il faut donc enjamber en sautant avec mon sac à dos…

Ma 2e angoisse : les rivières à traverser. C’est tout naturellement que je choisis toujours la pierre qui glisse ou qui roule.

Et le drame arrive alors que je suis partie depuis une heure : je perds l’équilibre et je m’étale de tout mon long dans un ruisseau, je me retourne le doigt et m’ouvre le genou.

 

Bien. Que faire ? Retourner au village en boitant ? Le premier jour ?! Même si ce n’est pas trop le genre de détails qui m’animent, je m’imagine entrain d’expliquer mes vacances avortées avec mon attèle à mes potes… Je me relève. Je sors les cailloux de la plaie, je sors mes bâtons de marche (ce que j’aurais du faire depuis une heure…) et je continue. Sur des jambes un peu tremblantes, il faut l’avouer.

 

A partir de là je n’ai plus glissé dans AUCUNE rivière. Et j’en ai traversé un paquet. Avec mon doigt violet qui ressemblait à une saucisse.

 

Mais le pire moment a été celui où j’ai failli mourir. Eh oui, j’ai failli mourir d’une manière stupide. J’ai pris un sentier enneigé et très pentu, seule, totalement sous-équipée. Mauvaises chaussures, pas de crampons, d’un coup un bâton qui se casse, pas de piolet, pas de binôme, une face nord (pas celle de l’Everest mais pas loin, vu mon niveau) à la neige glacée, des traces effacées à cause de la neige de la semaine précédente…

Et quand je me suis dit que j’étais allée trop loin, j’étais effectivement allée trop loin pour faire demi-tour. Dans ces moments-là (car ce n’est hélas pas la première fois que ça m’arrive…) je pense toujours la même chose : « je vais ruiner la vie de ma mère ». Et si vous la connaissez vous savez que c’est une pensée qui peut donner la force de s’en sortir. Puisant au plus profond de moi-même, me rappelant à la pleine conscience et convoquant toutes mes forces pour rétablir une bonne respiration, je m’en suis sortie.

 

Il est préférable de ne pas s’étaler sur cet épisode dont je cauchemarde régulièrement depuis ma rando, mais qui m’a permis de rencontrer une famille de belges étonnante. Un homme et ses 2 fils. Qui ne parlaient pas. Pas dans le sens où ils avaient fait vœu de silence, mais qui n’avaient pas besoin de parler.

J’ai marché 2 jours avec eux ; en récompense, j’ai eu droit à l’une des seules phrases de ces jours partagés : ‘you are part of the beauty of the mountains’.

Bizarrement, je n’ai ressenti la solitude que le dernier jour en quittant mes compagnons. J’ai pleuré comme un petit enfant et derrière mes yeux embués j’ai raté LA bifurcation et fait un énorme détour…

 

C’est fou comme on raconte toujours les galères de son voyage. Pourtant ce que je retiens de ces 5 jours dans les montagnes, ce sont de magnifiques ciels bleus, des nuits étoilées à couper le souffle, des changements de paysages, passant d’une vallée merveilleuse à un col incroyable, des pauses crème solaire toutes les 2 heures, le chocolat 70% mélangé à des pistaches et des amandes dans ma bouche, filtrer l’eau dans des rivières, marcher marcher marcher sur des sentiers, dans l’herbe, dans les cailloux, sur des rochers, dans l’eau, dans la neige, philosopher en marchant, se baigner dans les lacs. Boire un alcool fait maison à faire tomber par terre à la cabane de Panossière, prendre le temps, perdre la notion du temps. M’entendre dire que j’ai une conception bien bizarre du bivouac parce que je demande une couverture au refuge pour dormir dans ma tente. Planter ma tente, ranger ma tente avec le soleil qui se lève, ne pas lire…

 

Bilan : j’ai fini cette randonnée exceptionnelle couverte d’ampoules gigantesques, j’avais un ongle décollé pour le mariage de l’été, un doigt qui ne veut plus se tendre, un genou tout abîmé comme un enfant au centre aéré, mais la tête remplie de paysages si exceptionnels, de cimes enneigées, de marmottes, de fleurs, de soleil, de sueur, de dénivelés vertigineux, d’épuisement, de nuits froides à affronter et de rencontres formidables…

 

Plus de détails sur le Tour du Grand Combin (Valais) :

Première nuit à Orsières ou Bourg Saint Pierre. Départ le J1 de Bourg Saint Pierre / nuit à proximité de la cabane du Col de Mille (4h30 de marche) / J2 jusqu’à la cabane de Panossière au pied du glacier du Grand Combin (5h30 de marche) / J3 jusqu’à la cabane de Chanrion par le barrage de Mauvoisin (7h de marche) / J4 Chanrion -> Refuge de Champillon en Italie (8h de marche) / J5 Col de Champillon au Col du Grand Saint Bernard (10h de marche pour les écervelés comme moi qui se perdent) / FIN.

Compter un dénivelé positif de 1000 et négatif de 1000 à partir du J3, par jour.

 

Compter 50€ par nuit si vous dormez dans votre tente (pour les repas en cabane), 100€ en demi-pension. J’ai fait le calcul, c’est aussi cher que 2 semaines en Iran, billet d’avion compris. L’avantage c’est qu’il n’y a pas de monde :)

 

Merci à l’inconscient qui m’a totalement surestimée et poussée à faire cette magnifique rando quand je lui ai dit « je cherche un endroit sublime et où il n’y a personne ».

http://www.wandersite.ch/Combins.html.jpg

 

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Chaque semaine, le récit de vacances d’un des membres de l’équipe… Pour voir les vacances de Marine en Slovénie, c’est par ici !