Pour vous raconter la rencontre avec Claudie Haigneré, il faut que je reparte très loin.

J’ai grandi au Japon et quand j’étais petite j’avais peur de tout.

Par contre qu’est-ce que j’étais bavarde ! Ça devait certainement servir à masquer ma frousse à prendre le moindre risque, braver le moindre interdit.

 

Mais paradoxalement, mon rêve était de devenir Cosmonaute.

Au lycée, j’étais passionnée par les sciences, et par dessus tout la physique chimie, grâce à mon passionnant prof de l’époque, M. Schiano. Il était tellement charismatique, il incarnait les sciences.

Il organisait des travaux dirigés supplémentaires où on construisait des orbites et on calculait des trajectoires de planètes – des heures de calcul pour tracer des points sur des feuilles A4 scotchées pour pouvoir dessiner des ellipses, on explorait des galaxies… Je ne ratais jamais un seul atelier.

 

Nous étions vraiment coupés de la France – regarder le JT français hebdomadaire diffusé à la TV japonaise c’était comme regarder un film sur des aliens – cependant il était prévu pour tous qu’on partirait faire nos études en France. Mais des études pour devenir quoi ? Nos parents travaillaient pour des entreprises internationales ou des ambassades : un travail très énigmatique de bureau dont le contenu nous échappait.

 

Je n’oublierai jamais le jour où des adultes sont venus nous parler de leur métier. J’ai cherché désespérément un cosmonaute dans l’assemblée, et fini par me consoler avec un urgentiste anesthésiste qui faisait des sauvetages en montagne et hélico dans les Alpes…

Profondément marquée par la mort de la petite sœur de ma grande amie Cécile deux ans plus tôt, je m’étais dit que face à cette injustice de la vie je voulais être pédiatre. En rencontrant cet homme j’ai pensé : je suis capable, ça m’amènera un peu plus près de mon rêve, c’est ça que je veux faire comme médecine.

 

Un an plus tard, me voilà à Paris en amphi de 400 étudiants déchaînés qui font du badmington dans la salle, qui demandent la pause au bout de 5 minutes de cours, qui jettent des œufs (frais) sur les chanceux des premiers rangs qui peuvent suivre le cours, qui embarquent le prof dans un cercueil à Halloween… bref j’étais dans la réalité de la première année de médecine, à Bichat, porte de Saint Ouen, où des camions passaient le long du boulevard Ney en jetant des préservatifs aux prostituées pour qu’elles se protègent.

 

Un peu trop loin des urgentistes de haute montagne, encore plus loin des étoiles… J’abandonne.

 

10 ans passent, alors que nous avons créé Pop In the City, je fais un jour partie des chanceuses qui rencontrent Claudie Haigneré au cours d’un petit déjeuner où elle partage son expérience.

 

Claudie Haigneré, c’est la première femme française et européenne à être allée dans l’espace. Elle a voyagé dans la station Mir, elle a fait partie de la station spatiale internationale, etc…

Elle est maintenant présidente de la Cité des Sciences et du Palais de la Découverte.

 

Au cours de cette rencontre ultra-inspirante, toutes les femmes ont plus de 40 ans sauf moi, et Claudie Haigneré est là pour dire qu’il n’y a pas assez de femmes dans les sciences et dans l’espace. Que comme les hommes, elle a du s’imposer, mais que c’est grâce au travail et à la passion qu’elle a réussi. Elle a tout de même eu 11 années d’épreuves de sélection pour embarquer à bord de Mir !

 

L’écouter et la voir pour moi c’est un bouleversement ; je n’avais jamais entendu parler d’elle jusqu’à l’organisation de ce petit déjeuner. Comment est-ce possible ? Et je n’arrête pas de me dire « c’est trop tard !! c’est trop tard ! »

 

Je veux lui dire que si elle était venue dans mon école pour nous parler de sa vie de femme astronaute, d’avoir rencontré une femme qui faisait ce métier, je me serais peut-être dit que devenir spationaute ce n’était pas qu’un rêve, et que même en étant une femme on pouvait y arriver ; en tout cas j’en aurais eu la preuve.

 

Je veux lui dire ça, mais quand je lève la main et qu’elle me dit « oui ? » avec un sourire, au moment de parler ma voix se brise et je fonds en larmes !!!

Finalement je suis pas sûre d’être prête pour la station spatiale…

 

Conclusion de ce billet : poussez vos filles à faire des sciences ! Il y a certainement de nombreuses Claudie Haigneré qui sommeillent !

 

Comme disait l’autre : trouve le verbe de ta vie, pas le métier mais le verbe !