Comment célébrer la journée des droits de la femme ?

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Demain, ce sera la journée internationale des droits de la femme. Alors, on a eu envie de l’ouvrir (plus que d’habitude).

Par Nadège Moïse

Le 7 mars 2020

 

Entre le coronavirus, le 49.3, les César… L’actualité n’est pas très lumineuse, hein ? Mais demain, c’est le 8 mars. Et à cette occasion, j’ai souhaité traiter de manière simple ce sujet qui me tient à cœur, l’égalité femmes-hommes. Parce qu’il s’en est passé des choses depuis un an. Alors voici un article qui fait le récap des évolutions (positives et négatives) de l’année, et la liste de ce qu’on peut faire demain et tout le reste de l’année, pour continuer à avancer.

 

Même si tout ce qui suit ne sera pas facile à lire, promis, cet article va vous mettre du baume au cœur.

 

Lutter pour l’égalité femmes-hommes mais célébrer la femme seulement 1 jour par an, c’est absurde.

 

Oui, lutter pour les droits de la femme, ça devrait être tous les jours de l’année. En ce moment plus que jamais, ce combat est au cœur de l’actualité, comme on a pu le voir avec Polanski. Le chemin est encore long, et rares sont les moments où l’on a toute l’attention du public, alors ne laissons pas cette occasion passer et profitons de cette opportunité pour s’informer, informer, réfléchir et agir.

 

Comment ?

  • Faire un bilan sur la situation des femmes,
  • Pour déterminer les luttes qu’il reste à mener à travers le monde et y prendre part.

 

Accrochez-vous. Dans cet article, on va parler IVG, scolarisation, écart salarial, politique et violences sexuelles. Mais on va aussi parler de ce qu’on peut faire, chacun à sa manière, pour faire bouger les choses, même dans son entourage. Car chaque action compte. Et chaque pas en avant est une victoire.

C’EST L’HEURE DU BILAN, VOUS ÊTES PRÊTS ?

Pas en avant, pas en arrière : que s’est-il passé dans le monde ces derniers mois ?

 

Il y a tant à dire, alors je vais tâcher d’être la plus concise possible (énorme challenge) dans le bilan que je vais dresser. Nous parlerons de la France, mais irons également au-delà de nos frontières pour parcourir le paysage international.

 

En France, selon le Ministère de l’Intérieur, les violences sexuelles ont augmenté de 12% en 2019. Ce chiffre paraît bouleversant, mais réjouissons-nous plutôt. Il nous montre en fait que depuis 2017 avec l’affaire Harvey Weinstein #MeToo, les victimes ont continué à sortir du silence ! Mais des victimes, il y en a eu beaucoup et il y en a encore tant. En 2019, 149 féminicides ont été recensés en France, soit 18% de plus qu’en 2018. Dans la rue, 8 femmes sur 10 ont déjà été victimes de harcèlement de rue en France l’année passée. Alors, la peur nous rhabille-t-elle ? J’aimerais dire que non, car c’est la prochaine lutte que nous mèneront ensemble.

 

Alors que le Royaume-Uni avait autorisé l’IVG en 1967, un village à l’Ouest peuplé d’irréductibles conservateurs résistait encore et toujours à l’affreux envahisseur (j’ai nommé : le droit des femmes à disposer de leurs corps). Mais le village a fini par céder : le 22 octobre dernier, le parlement de Westminster a enfin autorisé le droit à l’IVG sur le sol nord-irlandais !

 

Mais tandis qu’on avance à minis pas d’un côté de l’Atlantique, on recule à pas de géant de l’autre. En Équateur, le Parlement a voté contre l’IVG le 17 septembre dernier, les Équatoriennes encourent désormais jusqu’à 2 mois de prison et la justice n’épargne pas les victimes de viol; aux État-Unis, où le président américain est le premier à s’attaquer aux droits des femmes en condamnant verbalement le recours à l’IVG, la Géorgie a supprimé le droit à l’avortement après 6 semaines, et l’Arkansas ne compte que 2 établissements la pratiquant.

 

© Melanie Maxwell, Detroit Free Press / Manifestation à l’Université de Michigan en faveur du droit à l’avortement en mai 2019.

 

En Inde, l’ablation de l’utérus forcée est une pratique courante dans les champs. C’est la solution qu’ont trouvée les exploitants pour que la productivité ne soit pas impactée par les règles et les grossesses. Selon l’ONG Tathapi, 36% des coupeuses des champs de cannes à sucre auraient subi une hystérectomie forcée ces 3 dernières années. Ajoutez à ça les conditions de travail misérables et le harcèlement sexuel quotidien et vous obtiendrez le quotidien déplorable de millions de femmes en Inde.

 

En Iran, Sahar Khodayari, 30 ans, a appris qu’elle risquait une peine de 6 mois de prison pour être entrée dans un stade et avoir assisté au match de son équipe de foot préférée. Elle a décidé de s’immoler par le feu en septembre dernier. Se battre pour sa liberté est considéré dans certains pays comme une trahison, c’est le cas des Iraniennes mais aussi des Saoudiennes qui malgré le beau discours de leur jeune prince héritier et la pression d’Amnesty International, ne peuvent toujours pas jouir de leurs droits sans l’accord d’un mari, père ou frère.

 

Toute cette violence est ahurissante. Ça l’est d’autant plus que je pourrais continuer encore longtemps. Alors chaque pas en avant est une victoire : quand on apprend que Stéphanie Frappart a été en avril dernier la première femme arbitre principale au monde d’un match de Ligue 1, on l’applaudit, on espère inspirer le reste du monde, on sèche nos larmes et on retrouve espoir.

 

© Icon Sport avril 2019 / Stéphanie Frappart

 

Ce qui nous rassure et nous donne envie de continuer également, c’est de voir comme les femmes européennes ont pris du pouvoir en 2019 : aujourd’hui, 9 pays sur les 28 de l’Union Européenne sont dirigés par des femmes. C’est une avancée non négligeable mais à nuancer tout de même, notamment dans les pays où le dirigeant n’a pas les mêmes fonctions qu’en France. Ekaterini Sakellaropoulou, Présidente de la Grèce depuis janvier 2020, Zuzana Caputova, Présidente de la Slovaquie depuis mars 2019 et Kersti Kaljulaid, Présidente de l’Estonie depuis 2016, occupent des postes essentiellement honorifiques.

 

En France, « les femmes sont entrées en politique, mais les hommes sont restés au cœur de la pièce » pour reprendre les mots de l’historienne Mathilde Larrière dans un article de Libération. En effet en 2019, les postes à responsabilité restent largement occupés par les hommes mais on progresse et chaque bond en avant compte : aujourd’hui, 40% des sièges de l’Assemblée Nationale française sont occupés par des femmes !

 

Autre victoire notable : l’écart salarial entre les femmes et les hommes est passé de 14,3% à 11,6% ces 3 dernières années en France ! Même progrès aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Australie. L’écart persiste néanmoins : les femmes françaises gagnent en moyenne 88 centimes pour chaque euro gagné par les hommes. Les actrices ne sont pas épargnées : selon une étude (faite sur 256 comédiens ayant joué dans 1 343 films entre 1980 et 2015, prenant en compte les facteurs suivants : popularité, récompenses et succès au box-office), les acteurs sont payés plus d’un million de dollars de plus que leurs homologues féminins. Et les entrepreneures n’y échappent pas non plus : 90% des équipes d’investissement sont composées d’hommes et seuls 2,6% des fonds déployés étaient à l’intention de femmes entrepreneures contre 88% pour des hommes en 2019.

 

© National Review / Sacrée meilleure actrice dans un second rôle lors de la 77e cérémonie des Golden Globes, Michelle Williams a prononcé un discours poignant sur le droit des femmes à disposer de leur corps avant de terminer en encourageant les femmes à aller voter aux présidentielles le 3 novembre prochain. « Je suis reconnaissante de vivre à une époque de la société où le choix existe, parce qu’en tant que femme et fille, il peut arriver des choses à nos corps qui ne relèvent pas de notre choix. […] Quand viendra l’heure de voter, je vous en prie, votez en fonction de vos intérêts. C’est ce que les hommes font depuis tant d’années et c’est la raison pour laquelle le monde leur ressemble autant. »

 

Nos enfants sont également touchés par l’inégalité des sexes. Dans le monde, 2/3 des analphabètes sont des filles, et une fille non scolarisée à 3 fois plus de chance d’être mariée de force avant ses 18 ans qu’une fille ayant suivi des études secondaires selon l’association Plan International.

 

Ce sont autant de réalités dures à entendre et dures à accepter. Mais l’information sera toujours notre meilleure arme. Continuons de nous en servir : elle a fait évoluer les choses ces derniers mois. Continuons d’élever notre voix pour se battre pour l’application effective des droits et des libertés fondamentales des filles et des femmes dans le monde entier.

 

Comme l’ont fait Rosa Parks, Frida Kahlo, Marie Curie, Simone Veil… Et comme le font aujourd’hui les nouveaux emblèmes de cette grande vague féministe. Merci Greta Thunberg, merci Adèle Haenel, merci Megan Rapinoe, merci Marlène Schiappa, merci Amanda Mellet, merci Emma Watson, merci Sandra Muller, et toutes les autres… MERCI de faire bouger les choses grâce à votre voix, votre talent, votre notoriété et votre courage.

 

Et nous ? Que peut-on faire pour participer à cette lutte ? Comment agir à notre échelle ?

COMMENT faire bouger les choses ?

  • Faites preuve de bienveillance

Soyez plus attentives aux femmes qui vous entourent. Celles que vous aimez et celles que vous ne connaissez pas aussi. Si nous ne nous soutenons pas, qui le fera ?

 

  • Faites des dons

La Fondation des femmes œuvre en faveur des femmes et de leurs droits en soutenant des projets sur les violences, la santé, le développement économique, le droit, la précarité, l’égalité professionnelle et le sexisme. Comment ? La Fondation récolte des fonds auprès du grand public et des entreprises, puis les redistribue pour soutenir les projets à haut potentiel.

 

  • Élevez votre voix autant que vous le pouvez

Au sein de votre entourage, discutez, faites entendre vos idées, réfléchissez ensemble. Sur les réseaux sociaux, partagez les combats auxquels vous croyez. Dans la rue, participez aux manifestations : la Marche contre les Violences faites aux Femmes le samedi 23 novembre dernier a rassemblé près de 50 000 femmes et hommes à Paris, c’était la plus grande marche contre les violences de l’histoire de France ! En voyage, seules ou à plusieurs, prenez confiance, allez vers les autres, dialoguez. N’ayez pas peur de l’ouvrir !

 

  • Boycottez et girlcottez les marques sexistes

Boudez toutes ces marques qui vont détourner cette journée en offrant une image dégradante ou stéréotypée des femmes. Dénoncez les promos sur l’épilation, le maquillage, l’électroménager ou les fleurs, mais ne les relayez pas, ils gagneront du trafic et de la visibilité.

  • Demain, sortez de chez vous

Demain, de nombreuses choses seront mises en place pour célébrer cette journée partout en France. Sortiraparis.com a fait une liste pour l’occasion : conférences autour des grandes femmes qui ont marqué l’Histoire, projection de films, visite du Panthéon pour instruire sur les grands combats qu’ont menés les femmes, visite du Père Lachaise, spectacle de Florence Foresti au profit de l’association Women Safe, concerts de femmes artistes, etc.

 

    • Participer à Pop In the City

    Depuis 8 ans, Pop In the City invite les femmes à se découvrir pleinement : curieuses, ambitieuses, courageuses, créatives, stratégiques et aventurières. Vous encourager ainsi à jouir de vos droits et de vos libertés, c’est notre manière de rendre hommage aux figures qui ont consacré leur vie à notre émancipation.

     

      Commencez demain. Et continuez après-demain, et puis les jours qui suivront. Notre lutte prend de l’ampleur. Nous ne sommes pas seules. Nous sommes plus de 3,8 milliards de femmes sur cette terre. Alors mobilisons-nous. Et n’ayez jamais peur de dire « je suis féministe », car le mot « féminisme » n’est pas un gros mot.

       

       

      Sources :

      Courrier International : les femmes au pouvoir

      Insee : inégalités femmes-hommes en France 

      Amnesty International : Nasrin Sotoudeh, défenseure et condamnée

      Journal des Femmes : notre combat en 2019

      Nouvel Obs : journée des femmes, fleurs et promos ?

      8 mars : tout ce qu’il faut savoir

      Le Parisien : harcèlement sexuel : libération de la parole des femmes